Et si nous arrêtions de mesurer notre vie uniquement à ce qui fonctionne ?
Nous avons appris très tôt à regarder le monde en deux colonnes: réussi ou raté; gagné ou perdu; bonne ou mauvaise décision…
À l’école, il y avait les bonnes et les mauvaises réponses.
Dans le sport, les gagnants et les perdants.
Dans le travail, ceux qui réussissent et ceux qui échouent.
En gros c’est le succès ou échec.
Alors forcément, lorsque nous devenons adultes, nous continuons souvent à regarder notre propre existence avec la même grille de lecture.
Mais il existe une autre manière de regarder exactement les mêmes événements.
Et elle change beaucoup de choses.
Nous confondons résultat et valeur.
Évidemment que les résultats comptent.
Lorsque nous entreprenons quelque chose, nous voulons que cela fonctionne. Lorsque nous investissons, nous préférons gagner de l’argent qu’en perdre.
Lorsque nous construisons une relation, nous espérons qu’elle dure.
Mais dans la réalité, certaines décisions sont mauvaises; certaines expériences coûtent cher, certaines relations nous abîment et certains projets auraient mérité d’être arrêtés plus tôt.
Or, ce qui mérite d’être interrogé, c’est le verdict que nous posons ensuite sur nous-mêmes.
Parce qu’un résultat négatif ne signifie pas nécessairement une expérience inutile; et surtout, une expérience qui n’a pas donné le résultat attendu peut avoir produit autre chose:
- Une compétence.
- Une rencontre.
- Une meilleure connaissance de soi.
- Une limite enfin identifiée.
- Une croyance abandonnée.
- Une direction éliminée.
- Une nouvelle question.
Parfois même, simplement, la certitude que nous ne voulons plus jamais emprunter ce chemin-là.
Et cela aussi est une information.
Expérimenter change notre rapport à l’échec
Imaginez deux personnes qui lancent exactement le même projet.
Après six mois, le projet ne fonctionne pas.
La première se dit :
J’ai échoué.
La seconde se demande :
Qu’est-ce que cette expérience vient de m’apprendre ?
Le résultat extérieur est identique.
Mais intérieurement, elles ne repartent absolument pas avec la même chose.
La première transforme un événement en identité.
La seconde transforme un événement en information.
Et cette différence est immense.
Car lorsque nous considérons la vie comme une expérience, nous pouvons commencer à observer plutôt qu’à nous juger:
Qu’est-ce qui a fonctionné ?
Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?
Qu’avais-je mal compris ?
Qu’est-ce que je sais aujourd’hui que je ne savais pas avant ?
Qu’est-ce que je referais ?
Qu’est-ce que je ne referais surtout pas ?
Et quelle est maintenant la prochaine expérience intelligente à tenter ?
Nous ne sommes plus devant un tribunal.
Nous sommes dans un laboratoire.
Pendant longtemps, je me suis trompée de question.
En regardant mon parcours, je me disais parfois :
« Au fond, qu’ai-je vraiment réussi ? »
J’ai lancé une activité de galettes sur les marchés, acheté un petit immeuble avec une surface commerciale pour y installer mon atelier et ouvert une petite sandwicherie.
Rien d’extraordinaire, je ne gagnais même pas vraiment ma vie avec mes projets.
Alors forcément, je me demandais parfois si je n’étais pas en train de me tromper.
Et pourtant…
En prenant un peu de recul, une évidence est apparue.
Je n’avais peut-être rien de bien fait… mais je n’avais rien de mal fait non plus!
Aujourd’hui, je regarde ces projets autrement.
Ils ne sont plus les preuves de ma réussite ou de mes échecs.
Ils sont devenus mes salles de classe.
Et surtout, j’ai découvert une chose que je n’avais pas anticipée.
Le jour où j’ai accepté d’être honnête avec moi-même, de reconnaître que je ne savais pas tout, est aussi le jour où j’ai commencé à poser des questions et à écouter autrement et sincèrement ceux qui avaient davantage d’expérience.
Et devinez quoi: des portes se sont ouvertes.
Certaines choses ont besoin d’être vécues.
Il existe des choses que personne ne peut véritablement nous apprendre.
On peut lire cinquante livres sur l’entrepreneuriat sans savoir ce que cela fait d’avoir un client mécontent.
On peut écouter tous les conseils du monde sur les relations humaines et continuer à découvrir nos propres limites au contact des autres.
On peut connaître intellectuellement la définition du courage et ne la comprendre vraiment que le jour où nous devons agir avec la peur au ventre.
Il y a le savoir. Et puis il y a ce que la vie nous fait comprendre en nous le faisant vivre.
Nous aimerions parfois éviter cette deuxième partie.
Nous voudrions apprendre sans nous tromper. Aimer sans souffrir. Entreprendre sans perdre. Choisir sans renoncer. Grandir sans être bousculés.
Mais cela reviendrait presque à vouloir apprendre à nager sans entrer dans l’eau.
Au lieu de nous demander constamment :
Est-ce que je suis en train de réussir ma vie ?
Nous pourrions nous demander :
Est-ce que je suis en train de l’apprendre ?
Est-ce que je regarde réellement ce qu’elle m’enseigne ?
Est-ce que mes expériences me rendent plus lucide ? Plus libre ? Plus responsable ?Plus capable de choisir consciemment ce que je veux nourrir et ce que je ne veux plus nourrir ?
Parce qu’à force de vouloir absolument gagner, nous pouvons finir par ne plus oser jouer.
Nous choisissons ce que nous maîtrisons.
Nous évitons ce qui pourrait nous exposer.
Nous reportons.
Nous observons les autres vivre des choses que nous aimerions tenter.
Simplement parce que nous ne pouvons pas garantir le résultat.
La vie ne nous donnera jamais cette garantie.
Nous pouvons seulement décider de la manière dont nous allons entrer dans l’expérience.
Avec inconscience ou avec attention.
Avec rigidité ou avec curiosité.
Avec peur du verdict ou avec volonté d’apprendre.
Et peut-être qu’une vie réussie n’est finalement pas une vie dans laquelle nous avons gagné partout.
C’est une vie dans laquelle nous avons suffisamment vécu, observé, compris et choisi pour devenir progressivement l’auteur de notre propre chemin.
Il existe une croyance étrange qui voudrait que demander de l’aide soit un aveu de faiblesse.
Je découvre exactement l’inverse.
Les personnes les plus compétentes que je rencontre ne m’impressionnent pas seulement par ce qu’elles savent. Elles m’impressionnent par leur disponibilité et leur envie de transmettre.
Elles ne cherchent pas à être admirées ; elles cherchent à faire grandir.
Si elles se reconnaissent dans ces lignes, j’espère qu’elles accepteront simplement ce merci.
🌱 La Petite Pratique
Dans les prochaines 24 heures, reprenez une expérience que vous classez encore mentalement dans la catégorie « échec ».
Une entreprise qui n’a pas marché.
Une relation terminée.
Un choix professionnel.
Une décision financière.
Un projet abandonné.
Une occasion manquée.
Prenez une feuille et écrivez simplement :
Cette expérience m’a appris…
Puis obligez-vous à trouver trois réponses concrètes.
Pas trois consolations. Trois apprentissages.
Et terminez par cette question :
Grâce à ce que je sais aujourd’hui, qu’est-ce que je ferai différemment la prochaine fois ?
C’est là que quelque chose change.
Le passé ne change pas.
Mais ce que vous en faites, oui.
Réussir sa vie est un art qui se pratique ⛲️🩵
#NourrisTaSource
#ChangerDeRegard
#ApprendreàVoirClair















